LES ‘SOIREES BIDOCHARDES’, GENESE ET AVENIR par Simon Dubavoir

Paris, début des années 30. La Villette n’est pas encore ce temple dédié à la musique ; posée au milieu des champs, la grande halle et ses dépendances ne sont encore qu’une succession d’entrepôts mais une intense activité y règne. Convois de bétail, bouchers, acheteurs s’y croisent, négocient et font affaire.

Le hurlement des bêtes se mêle aux cris des chevillards qui abattent sans relâche. Une atmosphère suffocante règne dans les abattoirs ; la chaleur animale et l’odeur du sang se combinent pour créer une ambiance électrique dans laquelle évolue tranquillement notre Mémé. (vous l’avez trouvée ?)

Mémé, qui, du haut de ses 19 ans et très à l’aise dans ce milieu d’hommes, déambule dans l’allée des cochons à la recherche de la perle rare, faisant fi des regards grivois que lui jettent les garçons bouchers ; en effet une femme, de surcroît si jeune est chose peu courante à cette époque et en ces lieux.
Donc, la belle détaille le bestiau, s’y arrête parfois et repart.
Ce rituel est soudain interrompu par une agitation anormale ; un homme s’est blessé. Le froufrou de ses jupons a détourné son attention une seconde et la lame du désosseur s’est enfoncée dans la cuisse. L’artère n’est pas loin, le sang gicle. L’évacuation s’impose et voilà notre homme, qui n’est autre que le patron des abattoirs, amené en grande pompe à l’hôpital le plus proche.
S’en suivent une opération délicate et une longue convalescence durant laquelle ce pauvre boucher connut mille morts à chaque fois que l’heure du repas sonnait.
Le grincement des roues du chariot lui amenant sa pitance provoquait en lui des crises d’angoisse ; quand arrivait le moment où l’infirmière soulevait la cloche qui maintenait son assiette au chaud, il maîtrisait à grande peine un sanglot ; pourquoi me demanderez-vous ? la viande mes amis, la viande !
Telle une éponge oubliée au fond de l’évier après une fondue bourguignonne, la tranche de viande indéterminée trônait au milieu de l’assiette. Des légumes aux couleurs passées tentaient vainement d’égayer ce festin. Face à tant de désolation, notre patient avait la larme à l’œil.
À l’heure du départ, il prit à partie son chirurgien et après un long conciliabule naquit ce qui deviendra plus tard la Bidoche : la réunion de deux corps de métiers, bouchers et chirurgiens, autour d’une table dans le but de faire ripaille. Tête de veau, Côte de bœuf, Pot-au-feu, autant de plats plus savoureux les uns que les autres et ayant comme point commun la viande ! Rouge de préférence, comme le vin qui les accompagne. Les morceaux sont donc soigneusement sélectionnés, cuisinés avec dévotion et servis avec l’apparat qui leur est dû.
Ainsi, jusque tard dans la nuit, entre deux coups de fourchette, l’alcool coule à flot, les discussions vont bon train et les chansons paillardes résonnent.
Notre Mémé, une oreille et un oeil toujours à l’affût, les surprit un soir au cours d’une de ses balades nocturnes et se dit que se serait fort excitant d’y participer. Malheureusement, en tant que membre du ‘beau sexe’, cela s’annonçait difficile. Plusieurs tentatives plus tard, reconduite une énième fois à la sortie malgré ses inventifs subterfuges, Mémé, à l’abri de la pluie sous une porte cochère, jura ses grands dieux suidés qu’un jour, elle aussi, aurait sa Bidoche.
La vie réservant toujours des surprises, ce grandiose projet prit du retard, beaucoup de retard, mais enfin, tout finit par arriver même si souvent cela se fait aux dépens des autres… Explication : une fois par mois, le jeudi soir, Mémé suivait des cours de canevas. Mais son émérite professeur ayant perdu 7 de ses doigts lors d’une démonstration de wakizashi à Hokkaido, les cours sont annulés.
Voilà pourquoi, à partir de Mars 2012, nous lançons ‘Les Soirées Bidochardes’.
Bien que le nom soit féminin, Messieurs vous y êtes cordialement conviés, parce que Mémé, elle est loin d’être revancharde.
Amateurs de viande, à vos agendas ! Andouillettes XXL, Côtes de boeuf, entrecôtes de 500g ou plus, sabodets et bien d’autres encore vous attendent pour être dégustés à deux ou même à tout seul tous les soirs du mardi au vendredi